mercredi 11 juin 2014

Le foutu cœur


Je l’ai porté et je l’ai posé sur la dalle, le foutu cœur.

Ils ont pris le grand air de ceux qui savent, lorsqu’ils l’ont entrecoupé des mots de la raison.

Ils me l’ont rendu et je l’ai remis en place.

J’ai écouté le pendule ; la machine avait l’air de bien marcher.

J’ai posé la main là où vivait l’amour. Il n’y avait plus que le tic-tac des gens heureux.

Il fallait bien ça…

J’ai souri, à tout ce qui pouvait encore briller, dans les reflets de ce monde remanié.

Les bruissements sont la clameur de la tempête passée.

 Le foutu cœur, il réapprendra. 

@ Olivier & Pascal Brugerie 


52 Semaines est un projet en commun créé en 2013 avec mon frère Pascal. 
L'une de ses photos, romancée par quelques-uns de mes mots... 

jeudi 29 mai 2014

Le voyageur


Les feuilles d’automne ont pris ta place, dans le bruissement d’une ombre enfuie. As-tu seulement posé ta main sur mon épaule, avant de te lever  pour de bon ?
Nous avons maintenant pris les rênes ; il n’est pas d’autre leçon. Derrière, est tout ce qui nous a unis. Ce qui nous a fait.
Où-es-tu ?
Qu’as-tu appris depuis ton départ ? Quelles sont ces nouvelles contrées que tu as découvertes ?
Le soleil est venu frapper aux pieds du banc. Sans écarteler les voix de l’absence, seulement pour rendre compte.
Le silence, la vérité, les éloquences. Où sont les violoncelles,  les grandes partitions de ta musique ?
Nos enfants grandissent aujourd’hui, voyageur, comme les sillons sur nos visages.

Nous savons qui nous sommes… 


@ Olivier & Pascal Brugerie 

52 Semaines est un projet en commun créé en 2013 avec Pascal, mon frère d'armes. 
L'une de ses photos, romancée par quelques-uns de mes mots... 

mardi 11 mars 2014

L'Echo



Le cœur, fils, est nourri par l’amour.

Il cogne en toi.

Il est l’écho, ton interaction première avec le Monde.

Cet immense territoire est passionnant. Ce que tu découvriras, par son exploration, sera quasiment sans limite.

Il faudra croire en Lui avec sincérité, toujours, sans ne pourtant jamais s’y résigner, sans ne jamais accepter qu’il définisse entièrement pour toi la Ligne directrice.

La note fondamentale de ton être.

Si le Monde donne, fils, il retire aussi. Il peut même prendre beaucoup. Il est fait comme ça, c’est sa raison d’être. Et ce n’est pas un drame.

Tu vois, les mots, les intentions, les sentiments s’évanouissent.

L’écho, lui, demeure. Il est unique, universel.

Il est ta chanson silencieuse.

Maintenant fils, regarde en face de nous…

Vois l’Océan. Vois la Ligne.

Ils ne mentiront jamais.

Tout comme l’écho, ils sauront toujours te dire qui tu es vraiment… 


@ Olivier & Pascal Brugerie 

52 Semaines est un projet en commun créé il y a environ un an avec mon frère Pascal. 
L'une de ses photos, romancée par quelques-uns de mes mots... 

mardi 4 mars 2014

La Troisième Porte

52 Semaines 
Est un projet en commun créé il y a environ un an avec mon frère Pascal. 
L'une de ses photos, romancée par quelques-uns de mes mots... 



Je frappai à la troisième porte.

Sans ouvrir la bouche, le vieil homme fit comme s’il avait été possible de s’excuser. Il s’agissait seulement d’un dédale de plus, une seconde imagination, où les mots n’appartenaient à personne.

Je le suivis, dans la sombre allée du couloir menant à la fenêtre d’immensité. On pouvait apercevoir le monde du haut promontoire, se remémorer tant de choses à son propos.

On regarda tout en bas ; il fallait espérer un autre béton, une géométrie divergente, le poème des enfants jouant dans la rue.
                       
Nos regards s’agrippèrent sur les façades édifiées, les monticules à bâtir les grands rêves d’ailleurs.

Le vieil homme posa la main sur mon épaule. On imaginait, au-delà des grandes tours, la respiration d’un nouveau temps, celui d’une pleine attention.

Le grand saut peut naitre d’un effleurement.

Le vieil homme soudain pris l’allure d’un mercenaire sublime. Sa parole, distinctement, sans aucun préjudice, leva le voile sur l’un des mystères de la vie :

- Ce que tu recherches n’existe pas. Le plus grand des paradoxes, c’est que tu t’accompliras seulement si tu le recherches…




jeudi 27 février 2014

La Travée d'Épicure

52 Semaines 
Est un projet en commun créé il y a environ un an avec mon frère Pascal. 
L'une de ses photos, romancée par quelques-uns de mes mots... 



L’autre jour, je buvais un verre avec ce type, sûrement un ami. Le bar ne ressemblait pas à grand-chose. Nous battions les pavés de nos cœurs en sourdine. Nos mots sonnaient juste.
Il me disait :
Nous sommes des gens qui avons le cœur et l'esprit comme ça : on s'emballe,  on s'anime, ça bout à l'intérieur. Du coup, on s’expose. On ne se protège pas bien.
Je lui donnai ma version :
Il faut apprendre à profiter au maximum des montées, sans être trop surpris lorsque les descentes surviennent. Comme toi avec cette fille, quand le voyage n’a pas lieu…
- C’est ça, reprit-il, c'est un concept…

On regardait dans les travées humaines ; ça sentait comme du sucre sur la peau.

En rentrant, je vis les éclats lunaires défier les sombres remous du fleuve. La nuit enveloppe toujours nos mots insuffisants, un langage qui ne trompe pas. Le bon moment pour poser les questions :

Deviendra-t’on ces épicuriens de premier ordre, à qui plus rien ne fera vraiment peur ?

Serons-nous capables de vivre pleinement toute chose, dans le savoir des fins probables ?

Un ange passa sans que je ne l’aperçoive. Je regardai encore la lune, puis l’eau, qui bougeait doucement avec elle. Les vieux bateaux à quai se racontaient leurs histoires immémorables. La réponse était cette part de moi, étendue dans les espaces environnants :

Pourquoi faudrait-il seulement s’y résoudre ? 



mercredi 19 février 2014

RAPPEL A L’ORDRE



 J’ai revu mon frère, l’autre jour. A peine deux heures. Cela faisait neuf mois.

On a juste eu le temps d’être heureux de se voir, de dîner, d’évoquer notre travail en commun, les 52 semaines. Il m’a ensuite montré des boutons sur le Nikon que je ne connaissais pas encore. On a parlé de nos vies aussi.

Tout change, toujours. L’essentiel demeure, à la lisière de nos sentiments, de nos histoires sans cesse réinventées.   

Après cela, comme d’habitude, j’ai repris la route. Cette fois-ci, vers l’audit Santé Sécurité et Système de Management que je réalisais dans la région de Dijon, dès le lendemain matin.

Je devais de nouveau m’arrêter chez Pascal, sur le trajet retour, deux jours plus tard. Pour passer la soirée ensemble. Avoir plus de temps. Je n’ai pas pu. Ethan a fait une septicémie au deuxième jour de l’audit.

Sa maman m’a téléphoné vers 10h du matin. En préambule, elle m’a dit de ne surtout pas m’inquiéter, qu’elle l’emmenait à l’hôpital, suite au diagnostic du médecin traitant : infection du sang.

Cela a suffi.

J’ai continué à jouer les auditeurs, à poser des questions précises, à écouter le plus attentivement possible les réponses données. L’exercice ne m’a pas semblé interminable. Il m’est apparu injustifié :

-          Qu’est-ce que je fous là ?

J’ai fini vers 16h, à Nogent, en Haute-Marne, en parvenant, malgré tout cet état d’alerte qui transperçait mon esprit et mon ventre, à rester concentré sur le sujet du jour.

Avant même que je ne monte dans la voiture, je savais ce que j’allais faire. Ce n’était pas mon week-end de garde, mais peu importait. J’ai appelé la maman d’Ethan. Je lui ai dit que j’arrivais. J’étais triste, parce que je ne verrai pas mon frère, comme prévu,  mais je savais qu’il comprendrait.

J’ai pris la route. J’ai fait les 750 km comme un dingue, en fumant clope sur clope. Je me suis arrêté une fois pour pisser, mettre de l’essence, acheté un truc à bouffer, à boire. Puis j’ai roulé jusqu’à mon fils.

J’ai eu des montées de larmes ; j’avais peur. Streptocoques, staphylocoques, ça peut être méchant, ces saloperies ! Il était plus de 23h lorsque je suis arrivé. Je m’étais seulement fait flasher une fois.

Tout le monde dormait à la maison. Je suis allé embrasser la tête blonde. Ses cheveux étaient un peu humides. Le voir, le toucher, le sentir, entendre sa respiration,  a immédiatement retiré quatre-vingt-dix pour cents de la peur qui avait saisi la majeure partie de mes organes, douze heures plus tôt, et qui ne les avait pas quittés.

Le lendemain, je l’ai gardé. Sa maman est allée travailler, son frère s’est rendu à l’école. J’ai passé quelques coups de fils professionnels, les plus importants, ceux dont je savais qu’ils n’attendraient pas le lundi.

J’étais lessivé. Ethan aussi. Mais il n’avait déjà plus de température. Le traitement antibiotique de cheval qu’on lui administrait depuis la veille semblait bien opérer. On a passé le week-end tranquillement, tous les quatre. Le dimanche, Ethan était plus frais que moi, déjà remis, comme si cette septicémie n’avait même jamais existé.

Voilà, le lundi matin, j’ai repris la route, encore. Il était très tôt. Le soleil perçait à peine les brumes épaisses du Gers.

Tout avait déjà recommencé…

C’est fou, le nombre de questions que l’on peut se poser au cours d’une vie. D’abord, tout gosse, sur le fonctionnement même du monde. Plus tard, sur cet étrange lieu, la résidence adulte, où il va falloir se faire une place, exister. Enfin, quand on y est, selon sa nature, sa vocation première, son rêve originel, ses plus grandes conneries, de quelle manière on pourra bien, au fil de temps, établir un lien plus intelligent avec lui. 

Ce jour-là, dans cette espèce de panique interne irascible, pourtant presque totalement maîtrisée, la question la plus pertinente était bien celle-là : qu’est-ce que je fous là, putain de merde, à 750 km de mon fils ?

Elle était toute simple, cette question, amenant potentiellement une réponse des plus objectives, du style :

-          Ben… Tu fais ton job, mec !

Oui, aucun doute là-dessus, je faisais mon job, le taf comme on dit. Mais cette question suggérait déjà autre chose, dans sa seule formulation, le fait qu’elle soit venue. Et elle dépassait effectivement le simple cadre du lien de cause-à-effet.

Car elle voulait peut-être également signifier que le plus important n’est pas ce qui se voit le plus, ce qui fait le plus de bruit, ce qui semble prédominer dans les apparats du système, tel qu’il se présente à nous, tel que nous l’avons bâti, dans notre interaction quotidienne avec lui.

Elle voulait peut-être prévenir, ou juste rappeler, que rien n’est grave, malgré tout ce que peut envisager l’entreprise pour nous, les chiffres, les stats, les objectifs, tant que le grave n’est pas survenu pour de bon.

C’est toujours cette histoire de matrice.

Les jours passent, le système vous rattrape, tente de vous engloutir dans sa masse, une féodalité qu’il ne masque même plus. Comme si l’intérêt suprême du monde nichait dans une Scorecard, ou votre aimable participation.  

La résonance des êtres, ce qui les fait, c’est bien au fond d’eux qu’on la trouve. C’est là qu’elle vit. C’est l’écho.

L’écho, ce jour-là, c’était bien sûr l’amour, l’indéfectible amour que je porterai toujours à mon fils, même s’il n’aime plus trop me parler au téléphone en ce moment.

Il parait que je fais de la philo avec mes textes (1). Ouais, peut-être ! Mais la vérité, c’est que je n’ai plus aucun respect pour les paraboles, les enseignes et les litanies d’une hyper-structure, qui ne sera jamais capable se poser une question toute conne à son propos. Du style :

-          Tu branles quoi pour le monde, connard, avec ta Scorecard ?







(1) Pourtant, j’étais nul en philo, j’ai eu sept au bac ; l’enculé ! Chaque fois, j’avais l’impression de faire un truc bien, personnel en tous cas, même si les sujets me faisaient chier la plupart du temps. Bref, j’fais d’la philo…


mardi 11 février 2014

METAMORPHOSE



Elle sera déjà assise lorsque je rejoindrai ma place. Je m’installerai côté fenêtre, en face d’elle, tandis que l’expression de son visage demeurera fermée, empreinte d’une moue endormie. Elle ne répondra que partiellement à mon bonjour, sans ne montrer aucune sympathie particulière. Elle sera plutôt jolie, mais rien ne la rendra belle.

Il sera difficile de lui donner un âge. Moins de 30 ans, peut-être 26, peut-être moins, je n’arriverai pas à me déterminer.

Nous passerons quatre heures l’un en face de l’autre. Nous n’échangerons pas un mot, seulement quelques regards. Furtifs. Je n’y décèlerai jamais rien de tendre. Parfois, très brièvement, une légère marque d’intérêt.

Nous aurons comme voisins, juste de l’autre côté du couloir, un drôle de quatuor. D’abord une mère et ses deux filles, dont la plus jeune, trois ans peut-être, échappera presque totalement à l’autorité maternelle durant tout le voyage. Bruyante pour dix, seule dans le wagon, déclamant, criant, chouinant à qui mieux mieux. Sa grande sœur, une jeune adolescente, se comportera heureusement avec plus de retenue.

En gare de Béziers, elles seront rejointes par un très vieil homme qui, une fois convenablement installé, débutera son voyage en lisant bouche ouverte son journal d’informations. Il partagera bientôt quelques bonbons avec les deux gosses. Il engagera la conversation avec leur mère. Ils ne cesseront de se parler jusqu’à la gare de Lyon.

Sa voix sera semblable à celle que l’on entend parfois en off, dans un vieux conte cinématographique ; la très vieille voix de celui qui raconte les ineffables aventures de sa propre vie, défilant, toujours, sans qu’il n’y ait rien pour tarir cette source.

Il diffusera son histoire, sans ne jamais indiquer une méthode toute faite. Il prendra de temps en temps les petites filles à partie, parviendra assez régulièrement à les faire rire.

Il parlera de tous ces pays qu’il a vus au cours de sa vie. Il dira son amour pour le plus beau d’entre eux, la France, qui réunit tous les paysages, tous les climats, toutes les géographies. Il évoquera l’Autriche, une perle assez mal connue en Europe, se moquera gentiment de l’Allemagne et de sa Bavière.  

Il m’énervera aimablement, parce qu’il aura aussi à tendance à parler trop fort. Mais il m’inspirera surtout un grand respect, un attrait véritable, tandis que le trio féminin sera, à contrario, toujours légèrement insupportable.

Ces petits bouts de femmes incarneront si peu farouchement ces gens que l’on croise parfois dans les voyages en commun, qui en ont à l’évidence oublié la prérogative première. Elles disposeront ainsi trop librement de l’espace sonore et spatial partagé avec tous les autres, pauvres de nous !

Je travaillerai pendant plus d’une heure avec le téléphone, ce blackberry absolument inergonomique, qui me permet pourtant d’emmener mon bureau partout où je me déplace.

Je regarderai ensuite les photos sur la carte SD du Nikon, ferai des zooms, explorerai cette matière première pour tenter de dénicher quelques clichés à potentiel, ceux qui sauront raconter une histoire, si courte fût-elle.

J’essayerai de dormir un peu mais les petites et leur maman feront définitivement trop de bruit. La jeune femme en face de moi ne s’endormira pas non plus. Elle prendra un air renfrogné, qui me laissera moi-même un peu dubitatif.

Nous aurions pu faire connaissance. Il n’en sera jamais question.

Alors je travaillerai encore. Je traiterai par téléphone un accident du travail sans gravité. Je m’inquiéterai par texto de cet entretien qu’aura l’un de mes collaborateurs avec le boss, une espèce de conciliation impossible.

Le temps passera lentement. Depuis Agde jusqu’à la gare de Lyon, les paysages se succéderont pour devenir, en bout de course, les grisailles et les bétons parisiens.

La jeune femme sera toujours en face moi. Il n’y aura eu aucune interaction, ce qui somme toute est assez rare dans un voyage.

Lorsque le train entrera en gare, elle se lèvera un peu avant les autres. Je prendrai mon temps, sachant cette heure devant moi pour atteindre le quartier d’affaires de la Défense, l’une de ses tours immenses, où se tiendra la convention annuelle des gens de ma fonction.

Je descendrai lentement sur le quai, après avoir laissé priorité au flot humain majoritaire, celui qui se précipite vers les sorties.  Une Marlboro light à la bouche, je regarderai tous ces gens filer vers leurs destinées, pris de cette impression tenace, originelle, que je ne fais pas vraiment partie d’eux.

La première latte de la cigarette me rappellera, comme à chaque fois, combien je suis mal parti pour arrêter de fumer. Je laisserai la plus grande part de la multitude me devancer, savourant sans extase les bouffées nicotiniques. Puis je prendrai le même chemin qu’eux.

C’est alors que je la reverrai.

Elle embrassera un homme. Elle rayonnera de tout son être. Sa beauté ne sera plus discutable.

Objectivement, l’homme ne sera pas beau. Silhouette rondelette, calvitie avancée, affublé de lunettes blanches de mauvais goût, il sera enveloppé d’une certaine forme de disgrâce. Une gentille disgrâce.

Mais elle l’embrassera rageusement, de ses lèvres mouillées, ses yeux brûlants, de tout ce qu’elle sera capable de lui donner. Il recevra tout ça avec ferveur, les passions, les humidités, les regards embrasés. Il aura l’air tellement heureux.

Les deux amants seront un rocher au milieu d’une rivière en crue. Rien n’existera autour d’eux. Rien ne pourra les atteindre.

Je les regarderai, seulement quelques secondes de plus. Je me dirai que c’est ça l’amour, la métamorphose.

Il fait des êtres qui le portent des créatures à part, un genre humain qui échappent fugacement aux lois qui régissent notre monde, celui de la quotidienneté, celui que fréquentent tous ces gens autour de moi, en file indienne, qui s’empressent à toute berzingue vers des importances de second plan.

Je laisserai les amoureux à leur étreinte, sans les envier, mais en me souvenant, simplement. J’entendrai cet écho en moi,  celui qui saura me dire qu’il existera toujours, même en ce lieu, quelque chose que les bétons et les mauvaises histoires n’avaleront jamais. 

Tout cela sera imperceptible, fugace, dans le seul instant d’une dernière latte volée à ma cigarette.

Je marcherai sur le quai détrempé, ce songe déjà évaporé. Je me dirai alors qu’il faut impérativement que j’achète une nouvelle paire de chaussures.




lundi 2 décembre 2013

LA MORT DE LOU REED


 
Cette photo est prise depuis la dune Sud de Soulac. Nous sommes au bout du petit chemin. C’est notre spot, avec Yann.

 Au Nord, dans les brumes de l’horizon, on distingue le phare de Cordouan.

Nous sommes l’avant dernier jour d’octobre. Les houles automnales, puissantes, ne plaisantent pas. La vague fait presque deux mètres ce jour-là. L’eau n’est pas encore glaciale, seulement devenue froide.

Nous sommes proches de l’embouchure de la Gironde. Les courants latéraux sont généralement forts, un paramètre dont il ne faut jamais sous-estimer l’influence sur la qualité d’une session. On rame en permanence pour atteindre le pic ; on se fatigue plus vite.

La vague soulacaise est technique. Massive, rapide, tubulaire, elle ferme fréquemment trop vite, mâchoires qui t’engloutissent. Le take-off s’apparente à un drop sur une rampe de skate : tu y vas à fond. Ou tu n’y vas pas. Elle ouvre essentiellement à gauche. Normal foot, je la surfe le plus souvent en backside, posture où ne vont ni mes préférences, ni mes plus grandes aisances.  

J’y ai pris d’innombrables boîtes, je m’y suis même fait mal quelques fois. Mais j’ai aussi eu droit à des rides inoubliables, dont certains ne sauront sans doute jamais s’effacer.

Cette mise à l’eau sera la première du séjour. Quasiment la seule. Yann, Ethan et moi avons pris notre temps. Il ne fait pas beau. Il pleut. Pendant plusieurs jours, l’océan colère balaye les rivages d’une houle épique, désordonnée, insurfable.

Nous profitons de quelques éclaircies pour faire des balades sur le littoral ou en forêt, cueillir des champignons. Ethan déniche ses toutes premières girolles parmi les humus aux pieds des arbres. Nous remplissons un sac de ces pépites, que Yann cuisine à merveille dès notre retour au chalet.

Nous investissons la table de longs repas, arrosés de vins, de bières et de belles histoires. Les épisodes des schtroumpfs et le meilleur de Metallica passent sans cesse sur Youtube, cadencent nos journées.

Nos soirées, quant à elles, sont essentiellement guitare.

Nos deux instruments languissent depuis ce trop court week-end de fin septembre, dont le dimanche avait livré l’une des plus belles sessions de glisse de l’exercice 2013.

Yann était encore convalescent, d’une guérison qui touchait enfin à son terme. Interdit de surf depuis mars, il m’avait ce jour-là prêté son fameux quatro Infinity, une 6’0. Je n’avais jamais surfé aussi court. J’avais adoré.

Aussi, le jour de nos retrouvailles, notre impatience est avouable, presque palpable. Ce premier jam débute lorsque la nuit tombe et s’étire, sans équivoque, les horloges s’effaçant durablement.

Ethan est avec nous. Il nous accompagne. Il est notre cœur à tous les deux. Il tape parfois sur le djembé. Il danse aussi, il crie, il chante. Ou me supplie d’arrêter de jouer, auréolé de son sourire d’ange. Nos fous-rires sont innombrables.

Il finit par s’endormir, bien sûr toujours un peu trop tard. Pour ne pas gêner son sommeil, nous nous éclairons aux bougies. Nous poursuivons.

Pour la première fois, nous nous enregistrons, avec le Smartphone. Une mauvaise qualité, pour de beaux souvenirs. Nous travaillons des compos, des reprises. Hey Joe commence à bien tourner.

Le soir du troisième jour, nous ignorons encore tout. Dans la froide nuit médocaine d’octobre, résonnent tous ces rêves qu’on a déjà faits. Et les Lignes dessinées par nos doigts sur les touches palissandre.

Lou Reed vient de mourir.

Ce n’est pas un hommage, juste une évidence. Nous écumons notre ébauche de répertoire jusqu’à ses limites ultimes. J’en ai mal aux doigts. Le thé prend la place au centre de la table, de toutes ces autres bouteilles que nous avons laissées vides.

Nos partitions communes asséchées, nous improvisons. Sans intention particulière, nous lançons puis maintenons tous deux les dissonances d’idées qui ne s’accordent pas.

Pour l’instant.

Nous persévérons. Le rythme s’accélère. J’envoie tout ce que j’ai, aussi vite que possible, de plus en plus fort. On dirait du Slayer, joué sur une acoustique.

Yann ne lâche rien.

A l’apogée, nos deux chaos se rejoignent, finalement gravissent ensemble le mur du son. Nos yeux pétillent des arbalètes. La fureur, pacifique, s’éteint dans la  seule seconde de silence consentie, avant que Yann ne se lance dans une transhumance personnelle, intime, trois accords lancinants, toujours légèrement en dissonance.

Je l’écoute de longues secondes, cherche à le rejoindre. Je trouve sans virtuosité un glissé d’un demi-ton, toujours le même accord. Le rythme fera le reste. Il se met progressivement en place, devient tribal. Il finit par nous envahir, entièrement.

Les deux guitares entrent en résonnance. En définitive, tous les quatre, instruments et instrumentistes, nous ne sommes plus qu’un. La magie ne se trouve pas dans la performance, mais dans l’instant lui-même, qui devient et incarne tout ce que nous avions joué jusque-là.

Bomba ! crie Yann, lorsque cela s’arrête, une crampe m’ayant volé la main gauche.

On écoute plusieurs fois le morceau. Il est notre cadeau, un bébé insolite. Son titre me vient spontanément, le dernier coup de crayon parachevant l’œuvre.

La mort de Lou Reed…

Deux jours plus tard, nous n’avons pas rejoué. Nous sommes allés au bout de cette route. Mais nous sommes sur la dune et je photographie cette vague, celle d’un autre chemin, avant d’aller la surfer. La barre est difficile, mais je trouve un passage. Je rejoins Yann au pic.

Nous n’avons pas surfé ensemble depuis les premières classes du Maroc, notre droite de Montalivet, huit mois plus tôt. Je cherche pendant plusieurs minutes la première vague. Je choisis mal. Lorsque je m’élance, toute la paroi déjà bascule vers les ressacs, les profondeurs. Je la refuse, saute, m’échappe pour ne pas être broyé.

La Weber est quant à elle aspirée par la vague, qui tire si brutalement sur le leash qu’il n’y résiste pas. Il casse net. La planche est emportée. Je reste seul à l’eau. Le sel est une odeur particulière dans ce genre de moment, où l’on devine que ce qui va suivre ne sera pas simple. Je suis tout nu, dans un lieu où je devrais porter un trois pièces.

Il faudra nager pour rejoindre la plage et, avant tout, surmonter la zone d’impacts, là où les lignes d’eau viennent se briser.

Yann n’est pas loin et je lui dis que ça fait chier. Je nage et, dans mon bon droit, me prend toute la série en pleine poire. Les lames atlantiques me traitent comme un homme, m’envoient au fond, me font tourner dans l’onde comme un brin de paille au vent.

Bien sûr, je rejoins vite la frontière de sable. La Weber s’amuserait presque dans la dune, qu’Ethan maltraite avec un entrain sans faille. Valérie vient me voir, me demande comment je vais. Je recherche mon souffle.
 
Je casserai un deuxième leash ce jour-là, une exclusivité véritable dans mon parcours de surfeur. J’irai en acheter un à Montalivet, chez Philippe, après avoir tenté le surf shop de la rue principale de Soulac, demeuré portes closes, une mauvaise surprise.

Je rejoindrai au dernier pic Sud Yann, Douille, Eric, Stéphane et un autre surfeur dont j’ai oublié le prénom. Des quarantenaires, pour la plupart. Des vieux mecs, dont je ferai bientôt partie.

Je surferai la dernière heure, lorsque la mer se sera retirée. La houle aura alors significativement baissé. Je prendrai sept vagues avec la Free, venue changer la donne d’une Weber qui ne m’aura pas porté chance.

Le soleil viendra bientôt caresser la Ligne. Il l’embrasera, comme il le fait pour nos âmes, à chaque nouvelle fois. Dans les derniers instants, on verra même des couleurs qui n’existent pas vraiment.

Et les fresques du ciel et de l’océan vivront dans nos yeux.

 
Une histoire de surf se construit ainsi, patiemment, tandis que les années filent, que les expériences se renouvellent, se réinventent, venant densifier la viscérale matière de toutes leurs précédentes.  Ce que nous sommes devenus, une part de ce que nous deviendrons, nichent dans chaque nouvelle vague surfée.

Dans l’ardeur retentissante des houles automnales de l’Atlantique, c’est bien l’histoire de nos vies qui nous est contée, dans la couleur de nos musiques.

Lorsque je regarde cette vague, c’est bien une part de nous que je vois, une part de ce que nous sommes, une certaine façon d’appréhender le sens de notre aventure ici-bas. En elle, vit la pulsation du monde, ce qu’on tente chaque jour avec lui.

Elle est cette improvisation tribale que nous avons partagée avec Yann, une heureuse survenance parmi les nuits froides et incertaines.

Elle est notre devenir, cette question que nous posons tous, lorsque le moment vient à point nommé : qu’est-ce qui nous arrêtera, au bout du compte ?

Sûrement pas la mort de Lou Reed.


mardi 5 novembre 2013

Discours au bord d’un lac sous la pluie ou est-ce le trottoir qui brille comme cela ?


 
Ne plantons pas le décor. Laissons-les faire.  
 
-          Avoir les mains libres, c’est quelque chose que j’aime bien.
-          Définis-le, voir ce que ça donne.
-          C’est trouver le moyen d’arrêter de croire la voix intérieure ou, mieux encore, de ne plus l’entendre.
-          Celle qui dit qu’un truc cloche ?
-          Oui, celle-là même, celle qui radote. Pourquoi faudrait-il toujours que quelque chose cloche ?  J’ai un boulot, un cul dispo et je paye même  mes impôts !
-          Je ne crois pas à la surprise : ce sont nos petits renards, retardataires, poils hérissés, sensibles à la misère.
-          Peux-tu préciser ?
-          Je ne sais pas : je lutte, je renvoie la balle et ça fait du boucan tout à l’intérieur de moi.
-          Ce vacarme, je le connais. Je sais ce qu’il dit ! C’est un renégat ! Tu vois, je suis là, perpétuellement aux bords de l’évanouissement, à essayer de faire comme tout le monde, que les étoiles brillent ! Mais je ne sais même pas qui elles sont, ce qu’elles représentent. Briller ?  On vogue seulement sur une esplanade bizarre, qui devrait en plus nous absoudre de toute mauvaise conjecture.
-          J’ai également beaucoup de mal. Mais il faut savoir endurer la chose. Elle fait partie du grand jeu de la vie terrestre. Et nous sommes ses joueurs.
-          Hallucinant !
-          Ô combien…
  

Trois pas mouillés, le silence éternuait sans excuse.

 -          Tu n’as vu ni la mort et ni l’enfer ?
-          Je ne saurai pas répondre à cette question. Mais j’ai sans doute eu droit à un avant-goût du second.
-          Une intermittence spectaculaire ?
-          Oui. Un éphémère spectacle d’épouvante, qui dura pourtant trop longtemps. La seule leçon retenue, au bas mot, est la suivante : tant que vouloir s’en sortir demeure quelque chose de possible, d’autres chapitres sauront prendre la relève.
-          Tant que vouloir s’en sortir demeure quelque chose de possible… C’est énorme !
-          Toutefois pas aussi énorme que s’en sortir effectivement.
 

Deux pas encore. L’enchaînement, ancestral, devint presque une chanson…

 -          J’ai parfois l’impression d’avoir oublié ma vie quelque part.
-          J’ai parfois la sensation que c’est elle qui m’a laissé tomber ! Je n’entends plus comme il faudrait, je respire les volutes bleutées pareillement à de l’air pur. Je choisis si arbitrairement que souvent je choisis mal.
-          Choisir, c’est déjà une prouesse, non ?
-          Une acrobatie, pour le moins pire des choix que tu puisses faire…
-          Ô, les terribles que nous sommes devenus !
-          Les temps effilochés sont la patrie de tous. Deviner l’entourloupe ferait de toi un demi-dieu.
-          Oui ? Mais je n’ai toutefois pas l’intention de me laisser faire !
-          Tu n’as pas l’intention de te laisser faire ?
-          Non ! ! Je n’ai pas l’intention de me laisser faire ! Car où irions-nous sinon ?
-          Je n’en ai aucune idée.
-          Alors pourquoi faut-il encore poser cette question ?
-          Peut-être n’as-tu pas encore envie de la vérité, à seule raison de trop bien la connaître. Peut-être est-il également normal qu’il y ait tant de misère en ce monde, trop nombreux que nous sommes à ne pas dominer notre propre tête !
-          Deux hypothèses ?
-          Deux fiascos.

 
Un instant, admirant un canard, là-bas, de l’autre côté du lac.  Un canard rugissant. Ou était-ce une femme, sous un parapluie aux drôles de couleurs ?  

-          Où passent les gens que l’on a aimés dans notre vie ? Que deviennent-ils ?
-          Ils disparaissent souvent. Et, je te l’accorde, ce n’est pas toujours très satisfaisant.
-          Je croyais ne plus avoir à craindre ce que je suis. Je me trompais ?
-          Bien sûr. 
-          Entre la quête du bonheur et la récolte incertaine des jours qui passent, aurai-je de nouveau le temps de me pencher un peu sur moi ?
-          Penche-toi jusqu’à la limite. Dépasse-la. Tu auras ta réponse…
-          Il n’existe pas d’alibi, selon toi ?
-          Je ne crois pas.
-          Je n’ai pourtant pas l’intention de me laisser faire. Je ne veux pas pactiser avec les mous ! Où sera l’aventure, si finalement je dis oui ?
-          A quoi bon dire oui ? Les morsures ne cesseront pas.
-          Effectivement…
-          Je suis comme toi, comme tous les autres : je ne saurai jamais vraiment ce que je vaux.
-          Devrions-nous seulement nous en inquiéter ? N’est-ce qu’une seule et même bizarrerie ?
-          Je ne puis dire, je n’ai pas très envie de conclure.
-          Pourquoi devrait-on conclure ? Nous parlons seulement d’un état d’être…
-          Oui, c’est bien de cela dont il s’agit. Etre Humain…

 
Du canard, on passa au coq. Bâté, viendrait peut-être l’âne…  

-          La France manque de jeu en profondeur. En outre, ils ne sont plus assez rapides !
-          Certes ! Mais enfin, leur imagination n’aurait-elle pas également foutu le camp ?
-          On ne saurait dire autrement !
-          Alors, sans Z, que nous reste-t-il ?
-          Des A, des B, des C…
-          Tant que cela ?
-          Cela n’est rien. Cela ne vaut plus une seule étoile.
-          L’étoile, que l’on perçoit au beau milieu des mines, sera-t-elle capable de détruire les ténèbres ?
-          Au moins, de les atténuer.   
-          Et la dernière d’entre elles, imperceptiblement évanouie…
-          La rêverie l’accompagne désormais.  
-          Faut-il pour autant laisser place à la grisaille ?
-          Si tu n’étais pas triste, alors seule la mort compterait.
-          Et les tentations font bien du mal aussi, n’est-ce pas ?
-          Très exactement…


 On regardait le sol, la terre humide, les flaques. Les reflets entrevus n’étaient que lendemains esquissés…

-          Je n’ai que trop commis d’erreurs ! J’ai certainement trop erré !
-          Oui, mais comme nous tous.
-          Tandis que s’enfuir ne marche pas !  Pas à coup sûr, en tous les cas?
-          Demande à l’étoile.
-          Je ne sais pas lui parler. Je n’ai peut-être jamais su. Mais de temps en temps, peut-être me comprend-elle un peu.
-          Je ne crois pas. Mais je ne suis sûr de rien…
-          Ce n’est pas drôle !
-          Console-toi : la faute revient toujours  à ceux qui savent tout !
-          Je sais si peu… Mais savoir, ça veut dire quoi exactement ?
-          C’est une supercherie, dont il ne faut jamais se satisfaire.  Alimente le puits, alimente toujours la racaille insoumise qui demeure en toi. Comme s’il n’y avait aucune autre chance…
-          La racaille insoumise qui demeure ?
-          C’est mon deuxième prénom.
-          Cela ne veut rien dire, non ?
-          Je dirai plutôt que cela vaut tout, tant que cela est insensé.
-          J’acquiesce. Je confirme même : je n’ai pas l’intention de me laisser faire !
-          Non ?
-          Non !
-          Vraiment ?
-          Oui, vraiment : je n’ai pas l’intention de me laisser faire !
-          C’est l’intention qui compte…

 
Le lac scintillait au couchant ; on se réchauffait sous l’abribus…  

-          Ferais-tu mieux que le vieil adage lui-même ?
-          Que faute avouée est à demi pardonnée ?
-          Celui-ci en vaut bien un autre.
-          Finalement, à qui crois-tu avoir à faire ?
-          Et toi, de quelle vertu te réclames-tu ?
-          Je signe le livre chaque matin.
-          En haut de la page ?
-          J’ai bien appris…
-          Et pourtant, tu n’as pas l’intention de te laisser faire, n’est-ce pas ?
-          Non, je n’ai pas l’intention de me laisser faire !
-          Ne souhaites jamais avoir à le répéter plus de trois fois.  
-          Pourquoi cela ?
-          Ce ne sont pas les entourages qu’il faut convaincre.  
-          Si mon âme doute, ma chair s’en ressent. Seule, que peut bien tenter ma chair ?
-          Elle peut agir. Elle peut succomber aussi.
-          Pour qui ? Pourquoi ? Au nom de qui ? Au nom de quoi ?
-          Quelles seraient les autres questions ?
-          Je te laisse soin de répondre par toi-même...
-          Aussi, je répondrai : toutes celles que nous n’avons pas encore posées.
-          Je n’aurai pas dit mieux. Et, comme voilà ma barque, sur l’instant je te quitte. Adieu, l’ami !
-          Adieu, l’ami… Et comme tu rames déjà, j’irai par l’autre rive, en espérant de nouveau croiser notre canard. Il avait fière allure, et si beau langage !

 
Les portes coulissantes se refermèrent en un souffle unique. A chacun le sien. Là aussi, le sol était mouillé. On devinait presque la terre dans la boue que faisaient les pas.

 La pluie cisaillait les vitres du transport en commun. Derrière chacune, maraudaient certainement deux vieux amis au bord d’un lac, où il faisait bon discourir sous la pluie, en regardant de loin, bien au calme, l’animation de la ville grise, devenue inoffensive, là-bas, où sans cesse et partout, beuglaient de bien moins jolis rugissants…