vendredi 5 avril 2013

Les deux Tours et le grand Saut


LSDD – Part. 1, chap. 1 – Extrait


 

Le lendemain fut exactement son contraire : ma demi-journée à l’accueil fut âpre et longue, allongée d’autant plus que la confirmation écrite que devait m’envoyer par fax mon futur employeur ne vint jamais, ce qui eu le don de me stresser comme un beau diable. Même si cela n’était qu’une petite dissonance, illusoire et égoïste, elle n’en demeurait pas moins capable de me gâcher l’après-midi. Ma boss, Sylvie, qui était au fil du temps devenue une amie, vint me trouver vers 16 heures, alors qu’il restait à peine trois quart d’heure avant de fermer le service et de renvoyer les jeunes demandeurs d’emploi, tous à peu près du même âge que moi, à d’autres préoccupations que la recherche de leur premier job.

Je ne compris pas vraiment ce qu’elle m’annonçait : cette histoire d’avions venus percuter les tours du World Trade Center n’évoquait encore qu’une lointaine et vague situation dramatique. La radio avait parlé de six morts et de quelques blessés. Après la fermeture, je tentais néanmoins d’interroger Internet afin de dénicher de plus amples informations mais tous les portails d’accès à l’actualité ramaient considérablement et long fut le temps avant de parvenir à lire quelques lignes cauchemardesques retranscrivant une espèce d’atrocité monumentale. Des avions de lignes régulières, avec à leur bords de nombreux civils, étaient venus détruire l’emblème de l’Amérique victoire, les tours jumelles qui sous les titanesques coups s’étaient embrasées avant de rompre, puis de s’effondrer, ensevelissant des milliers de personnes.

Quelques minutes auparavant, alors que je n’avais en tête que la première version donnée par Sylvie, je discutais de cet événement singulier avec un des jeunes présents, un de ceux que je connaissais le mieux, un de ceux qui fréquentait la boutique depuis un temps certain et qui se pointait régulièrement. Il me semblait à la fois dans son état normal mais aussi étrangement stone. Je lui parlais et avais l’impression qu’il était loin de tout, enfermé dans un trip dont lui seul savait l’origine et l’effet. Difficile effectivement d’identifier par quel biais il avait commis son office : alcool, joints, tout était envisageable. Pourtant, et sans que cette intuition ne puisse me quitter, je n’arrivais pas à me figer dans cet avis et à ne pas me dire qu’il était tout simplement sobre et quelque peu fantasque. Notre entretien, long d’environ cinq minutes, ne fut cohérent en rien mais peut-être était-ce moi qui débloquais, moi qui étais déjà sur le chemin de la retraite.

Quoi qu’il en fût, les mots ne parvinrent guère à s’imbriquer suffisamment bien pour construire une discussion réelle. La logique ne survivait que quelques instants à nos trop nombreuses lacunes, qui eurent finalement raison de moi. Je l’éloignai alors, en m’éloignant de lui et des qualités d’écoute dont je devais faire preuve dans ce travail. Ma patience s’était simplement évanouie dans l’écume de ma tête mobilisée par d’autres enjeux.

Une fois dans la rue, le travail terminé, ayant écouté les terribles informations à la radio, je me sentis très loin du spectacle urbain. Mais le décalage m’apparaissait aussi invraisemblable que légitime. Je sus aussi que l’agitation ambiante et quotidienne était en passe de s’interrompre : inévitablement, tout le monde rentrerait chez soi, tout le monde allait savoir. J’appelai Mathilde pour la prévenir mais je tombai sur sa messagerie. Celle-ci recueilli des mots qui ne savaient pas encore tout à fait de quoi ils parlaient. J’eus un pincement au cœur en coupant la communication, car je souhaitais vivement entendre sa voix et faire écho à cette urgence mal logée au fond du ventre, qui débordait dans mes yeux piquants et mon allure accélérée. Je marchai vite et croisai dans ma course bon nombre de regards qui déjà paraissaient savoir. Quelque chose de sombre, qui contenait le reflet de l’inexorabilité.

Au bout de mon chemin ne fut plus qu’un seul écran de télévision, ouvrant sur le monde une fenêtre des plus impitoyables. Odieux fut le premier adjectif qui me vint à l'esprit quand je découvris les images. C’était odieux et plus que cela. C’était immense et terrifiant.  La scène passait pratiquement à répétition, des dizaines et des dizaines de fois. Les angles de prises de vue changeaient, l’effarante sensation des films amateurs, tournés en direct, me submergeait et sonnait comme la surenchère absolue d’une folle mondialisation. Les avions s’engouffraient dans les tours et se désintégraient en elles, les explosions étaient d’une violence inouïe. Venaient ensuite les images de tous ces gens aux fenêtres, impuissants à survivre et sans doute terrorisés. Combien surent, avant de périr, que la fin était là ? Combien purent l’accepter sans frémir jusqu’au plus profond de leur être ? On les vit sauter dans le vide pour ne pas périr brûlés vifs. C’était révoltant, parce qu’on avait la nette sensation que rien d’autre ne pouvait être fait. Je me demandais quelle chance leur avait été donnée, sachant que cette question était désormais presque aussi illégitime que l’atrocité de l’acte lui-même. On ne pourrait jamais réinventer l’histoire et la justice en frappant exponentiellement dans l’horreur ; rien ne serait rayé de la part abjecte de notre passé après cela, nos sanglants versets ne seraient pas engloutis mais bien régénérés dans l’entrelacs fumant des ruines du World Trade Center et des tours devenues tombeau, sous les yeux médusés d’un monde qui venait de changer.



mercredi 3 avril 2013

Le sang et les grands rêves


LSDD – Part. 1, chap. 5 – Extrait



Un an plus tard environ, au début du mois d’avril, alors que mon frère était effectivement devenu le père d’un magnifique petit garçon, que j’avais moi-même goutté par deux fois aux joies des trance party, il me téléphona aux proches abords de minuit, alors que je profitais ce soir là de mon célibat géographique, tapotant sur le clavier d’un ordinateur portable ancestral peu fiable, dont j’avais hérité quelques mois plus tôt. Il me dit très simplement :

- Bon, Olivier… Je vois le neurologue demain matin. J’ai des nouveaux symptômes depuis quelques temps et je pense que là, il sera capable de me dire de quoi il s’agit. 

Je n’assimilai que très partiellement toute l’ampleur de ce que cela signifiait vraiment. Je lui reprochai de m’avoir caché la réapparition de ses troubles, le questionnai sur la nature des ces derniers, toujours semblables à ces dérangements sensitifs qu’il avait connus un an auparavant, auxquels était venue s’ajouter une étrange baisse de son acuité visuelle. Sans que je ne lui dise, je le trouvai très courageux, puisque la chose était revenue, le tourmentant depuis des semaines sans qu’il n’eut rien dit, rien avoué, rien laissé transparaître de ses inquiétudes à aucun des membres de sa famille. Je raccrochai après un quart d’heure, ayant essayé tant bien que mal de le rassurer, lui disant avec insistance que tout irait bien, que cela ne pouvait pas être bien grave, de toute façon. Je tentais en vérité de me convaincre autant que lui, tandis qu’au fond de moi s’était installé un truc méchant, une angoisse sourde et lourde au ventre, irradiant mes fibres tel un signal d’alarme tangiblement prémonitoire. Le lendemain, il téléphona sur mon portable vers 11h30, alors que j’avais laissé l’engin loin de moi, doucement affairé à mon travail, aidant un jeune diplômé à naviguer sur internet et les sites dédiés à la recherche d’emploi. Je n’eus son message que vers midi ; sa voix me parut bizarrement tronquée, presque métallique.  Il disait :

- Oui Olivier, c’est moi… Bon, écoutes, les nouvelles ne sont pas très bonnes, alors rappelles-moi dès que tu peux. 

Ce que je fis dans la minute, m’isolant dans le bureau situé tout au fond de mon service, les entrailles mêmes de celui-ci, là où se trouvaient les postes informatiques sur lesquels je travaillais régulièrement. Une simple minute de plus, celle-là même qu’il faut parfois à la vie pour nous faire basculer dans tout autre chose, là où l’on sait à coup sûr et de manière irrémédiable qu’il existait un avant et qu’à jamais il y aura un après. Il me l’annonça aussi très vite, aussi vite qu’il le put, telle une dissonance monumentale :

- Mec, j’ai la sclérose en plaques… 

Alors sa détresse, incommensurable, se matérialisa pour se condenser en un seul cri éperdu, un cri qui ne dura qu’une seconde et que je ne n’oublierai jamais, un cri qui déchira entièrement toute la substance de mon cœur de frère, qui déclencha fussent passées seulement trois secondes les pleurs inlassables d’un monde qui se dérobait parfaitement sous mes pieds. Mes nerfs lâchèrent si totalement que ce fut lui qui dû me consoler durant les vingt minutes qui suivirent. Je pleurai sans fin, me tordant en deux tellement le ventre me brûlait, hurlai une indicible rage impossible à expier. De ma vie, jamais je n’avais ressenti un si profond chagrin, il me semblait devoir faire face à un impossible désastre, quelque chose de tout simplement inconcevable. Le directeur adjoint pénétra à ce moment là dans la pièce et je le jetai brutalement, sans contestation possible :

- Pas maintenant Georges !

Il n’insista pas et referma doucement la porte. Cette intrusion eut néanmoins le bénéfique effet de m’obliger à me ressaisir, à reprendre le contrôle de mes nerfs. Je raccrochai après cinq minutes où je parvenais à discuter un peu plus calmement avec mon frère. Et puis j’attendis cinq autres minutes encore, afin de retrouver le courage suffisant pour m’extraire de cette pièce devenue cachot et d’aller trouver ce fameux Georges resté à proximité, veillant en effet sur un Espace Jeunes Diplômés demeuré sans surveillance, mais non sans l’inopportune compagnie de la directrice elle-même, à qui je bafouillai très vite une lamentable phrase d’excuses, la voix brisée des trop nombreux sanglots et leur tournant le dos alors, je m’enfuis sans m’inquiéter de leur réaction.

Je fus dans la rue au bout de dix secondes et je fus aussitôt saisi par une sensation étrange et brutale, tant le spectacle offert ne me paraissait plus qu’être celui d’un vieux film gris à la pellicule poussiéreuse et dont il me serait impossible un jour de refaire partie. Je ne pus que très partiellement maîtriser mes larmes, ne le voulant d’ailleurs pas vraiment. La tragédie était si complètement réelle que je ne pouvais plus me soucier d’aucune pudeur ou d’un quelconque faux-semblant. C’était tout simplement au dessus de mes forces. Rentrant chez moi, je croisai certains regards dont l’étonnement ne sut que me renvoyer ma propre détresse. Je marchai aussi vite que je le pus et quand cela fut fait, j’accélérai encore et puis encore, jusqu’à me faire mal aux jambes.

Une fois chez moi, de nouveau en ligne avec mon frère, tous deux légèrement apaisés, nous essayâmes ensemble d’intégrer l’effroyable nouvelle. Sa femme était à ses côtés et je l’entendais pleurer. Leur fils n’avait pas un an, leur mariage pas deux années, mon frère n’avait que vingt huit printemps au compteur. Et il leur fallait maintenant assimiler en urgence ce qu’une sclérose en plaques, une SEP, pouvait impliquer dans la vie d’un homme et de ses proches. Les coups me semblaient nous être portés à cadence métronomique, sans que cela ne puisse un jour cesser. Que fallait-il comprendre de plus ?

Peut-être que malgré l’amour, le sang et les grands rêves, rien ici n’existait d’immortel. Ce jour là, pour la première véritable fois de ma vie, en la sensation d’une vorace et si profonde morsure carnassière, j’assimilai peut-être à tout jamais que rien de ce qui m’était le plus cher, le plus indispensable, mon frère, celui qui était mon ami de toujours, celui avec qui j’avais tout vécu et absolument tout partagé, n’offrait l’assurance de ne pas m’être un jour ôté. Ne connaissant pas vraiment la maladie, je ne cessai de me répéter en pleurant, une fois que Mathilde m’eut rejoint dans la fin de l’après-midi, que mon frère allait disparaître et j’hurlai à la  gueule de ce monde hostile :

- Putain, c’est pas vrai mais c’est pas vrai, il va mourir ! Il va mourir, non de Dieu ! Mon frère va mourir… 

Il me fallut cette fois-ci une heure entière pour me calmer et me détacher  un tant soit peu de ce langage de mort, ce si étrange langage, finalement un assortiment de mots qui ne savait pas dire le ressenti réel, celui de concrétiser en sa propre chair l’idée même de la disparition, cristallisant dans un recoin de l’âme désormais inatteignable ce fichu malheur qui venait de s’abattre sur nous.


samedi 30 mars 2013

Le rythme et la pulsion




C’est en entendant les chants provinciaux de tous ceux qui ne comptent pas que l’ouïe est finalement devenue fine. La vraie histoire s’écrit sur les traces presque imperceptibles laissées par tous ceux-là. C’est celle-là qu’il faudrait conter, celle qui véritablement résonne.

Comment définir le rapport à l’autre autrement qu’en envisageant un tempo qui n’existe pas tout à fait ? Le Rythme et la Pulsion d’un être humain sont une voie lactée dont l’exploration exhaustive ne pourra sans doute jamais être menée à terme, ou à seule raison de vouloir contenir un infini dans une toute petite boîte.

Si nous devions imaginer une autre histoire, une mouvance interne suffirait peut-être. Le souffle d’une vie s’incarne parfois dans si peu de choses, ou la très frêle vertu de croire toujours et encore en la survenance du Beau. Les Mondes s’écroulent et certaines croyances meurent et puis une fois cela réalisé, renaissent sur les terres fécondes de l’espoir et de l’inventivité tout ce que l’on voudra encore bien  accomplir.

Au loin la Ligne. En toi le sang et sa Musique.

Je repense à un récent autoportrait de mon frère. Ce qu’il dégageait, tant dans son déterminisme que dans sa fragilité, légitime totalement l’exercice lui-même, bien qu’il n’y ait évidemment besoin d’aucune justification. Car si tu te regardes en face, sans compromission et dans la seule et exacte condition d’une très rude empoignade avec toi-même, alors tu finiras bien par savoir qui tu es vraiment. Ce chant qui te constitue et cette chanson silencieuse qui te fait individu, parmi la multitude des autres de toi.

La pulsion de devenir, alimenté par ces rêves qui ne s’éteindront qu’au dernier souffle, contre le rythme de vivre, par à-coups et sans frémir, en avançant de ces innombrables peut-être qui construisent l’authenticité d’un jour, alors que l’invariable Soi détermine déjà presque tout le reste, le chemin, sa trajectoire.

Faut-il avoir connu la mort d’un être cher pour mieux appréhender la valeur d’une vie ? Est-ce un langage qui s’insinue en toi non pas comme une menace sous-jacente qui dirait que tout finira par t’échapper mais comme un message diffusé lentement à l’intérieur pour éclairer ton âme d’un peu d’humilité ?

Face à ce qui advient, face à ce qui se profile, de ce que tu sais sans grand savoir et de ce que tu ignores encore de tes seules intuitions, n’émerge parfois que l’ineffable don d’avoir donné et reçu les amours imparfaites des êtres chers qui ont croisé ta vie et qui en ont parfois redéfinit les limites propres, dans l’éphémère union de deux rythmes que tu pourras porter en toi éternellement et dans la pulsion de devenir ce que tu es déjà. 

samedi 16 mars 2013

Le souffle et la vertu


En entrant dans la pièce noire j’ai entendu le souffle de mon âme. Ce n’est pas une histoire comme les autres.

La ville et les plaines sont pourtant remplies de ces histoires là. Elles remplissent elles-mêmes des cahiers, des esprits, des cœurs perdus. Depuis combien de temps ?

Encore une année passée à chercher, sans savoir vraiment si ce temps fut celui d’une vraie recherche, d’une quête sincère et approfondie. Le temps n’est pas au temps, il semble parfois seulement emprisonné dans sa propre fuite, depuis cette époque jaunie dont nous nous souvenons tous et où tout semblait encore possible. Que se passe t-il ? Est-ce que rien ne change sans ne faire que vieillir, quelques rides aux coins des yeux ?

La relation à soi se nourrit-elle de la magie qui existe parfois dans la relation à l’autre ou est-ce l’inverse ? Décocher trois bons mots, sans jamais résoudre les vrais maux. Le temps d’être soi-même est-il écoulé ou en avance sur lui-même ?

Pas de secret sans vertu. Tout est dans la bouche folle, expiatrice de ce mal qui nous touche, qui nous consume. Tous ensemble, tous à la fois, dans l’évidence d’être impliqué dans un rapport collectif tronqué, sans parvenir jamais à s’en échapper ou à s’en extirper totalement. Ça ne colle pas, ni à la peau,  ni au trublion de l’âme. Pourtant, c’est enraciné, inévitable, d’une ampleur à couper le souffle.

Le souffle… Toujours lui, tel un vacarme qui ne s’amenuise pas. Ici, dans nos poitrines, pour nous éviter la rupture.

Se chercher aux abords de ce gouffre immense, intrinsèque, dans la marque et l’indice d’une appartenance indiscutable, indéfectible, à cette race qui ne sait pourtant jamais être vraiment nous. Elle nous ressemble tant mais au moins autant qu’elle pourrait nous effrayer.

Mais ceci n’est pas la vérité de chaque instant. La modulation semble incessante et elle l’est effectivement. Qui ne saisit pas le bon moment au vol lorsqu’il se présente ? La lucidité peut s’accorder avec l’optimisme.

Les êtres que l’on croit perdre, ceux qui meurent comme ceux qui demeurent, vivent en nous, dans l’incessante machinerie de nos rêves et de nos sangs mêlés.

Il faut ne pas craindre la faute. Puisqu’elle viendra de toute façon.



samedi 2 mars 2013

Maroc, première classe





Il est un fait avéré que des prévisions restent et demeurent des prévisions. The Wall ne fonctionna pas hier. Le vent avait forci et tourné Nord dans l’après-midi. Le soleil était là, la houle également, mais il manquait ce que nous y avions vu la veille, de quoi s’inventer une première session de surf en 2013.

Nous restâmes pourtant très longtemps sur la plage. Yann souvent prenait le relais avec les enfants qui n’avaient de cesse d’aller flirter avec les écumes déroulant sur le rivage et qui sautaient sur la digue partout où cela pouvait être un peu dangereux. Il dessinait au sol de grands cercles avec un bâton à taille humaine droit comme un i et qui s’incurvait légèrement à l’une des extrémités, devenant la parfaite pointe d’un crayon fait pour le sable.

Je m’éloignai parfois d’eux et sans appareil photo cette fois-ci je prenais le temps de voir. La marée basse laissait la digue à nue et ses rails de chemin de fer un peu fous incrustés par les allemands de la Seconde Guerre. Il ne souffrait ici d’aucun préjudice. Il fallait regarder la Ligne d’hiver et comprendre ce que le temps offrait et reprenait ensuite. Les planches de surf restèrent allongées sur leur sable et nous avec elles qui marchions et courions et riions encore, tandis que les souffles du large et du Nord ne faiblissaient pas.

Après la nuit qui fut celle d’une redondante partition et d’un matin où le ventre ne pouvait guère se cacher de lui-même, nous partîmes en ballade au très proche Nord de la côté soulacaise. Yann nous offrit une seconde merveilleuse inconnue en deux jours, une succession sans fin d’anciens bunkers et de fortifications, les résidents d’un passé inscrit dans la dune et écartelés par le temps, tagués dans leurs moindres fragments, offerts à la ballade aventureuse des enfants et aux multiples prises de vue. Cela dura plus d’une heure où nous escaladâmes des murs, descendirent dans les obscurités et prirent quelques risques avec toutes les précautions nécessaires. Les deux garçons frissonnaient de bonheur puis ne forçaient que très légèrement leur courage quand le noir ou le pas à venir devenaient un peu plus exigeants et le dernier bunker nous laissa bientôt tandis qu’il délivrait à l’immensité devant lui une missive dont on pouvait se demander à qui elle s’adressait vraiment : Le futur, c’était mieux avant.

Nous descendîmes sur la plage pour revenir à la voiture et la digue affleurait si bien qu’elle créait des retenues d’eaux salées qui formaient de véritables piscines telles que l’on en avait vu étant jeunes dans les iles du Bagne de Guyane. Je tenais la main d’Ethan et Yann celle d’Eléis pour prévenir toute chute du fait de cette mousse glissante vert émeraude qui envahissait la pierre de la digue, là où nous marchions si proches des eaux piégées.   

J’allumai une première cigarette depuis quelques temps pour que la fumée puisse endormir un peu le feu mais le feu avait sa vie propre et tenace. Nous déjeunâmes rapidement parce que la lagune en face de la maison était lisse comme un lac à l’accalmie, ce qui signifiait de faibles vents d’Est qui nous donneraient peut-être la chance que nous n’avions pas eue la veille. La houle avait baissée en 24h alors je laissai la Hap Jacob 7’2 dans le garage et pris la Ocean Safari 8’0 qui dormait sur le rack en bois depuis l’été parmi les planches du quiver de Yann. La chaleur du ciel de 14h30 était inavouable, une précieuse largesse du temps qui accordait au courage ce qui lui manque parfois aux préliminaires d’une session hivernale.

-          On va au Sud chercher les droites que tu aimes, me disait Yann.

Les enfants étaient déjà dans la voiture si impatients comme nous de revoir la Ligne. On envoya le Black Album pour que cela sonne comme il devait. Soulac fut bientôt derrière nous et nous longeâmes les forêts de pins qui ne respiraient pas encore la fragrance des étés heureux mais il fallait bien commencer par quelque chose. Le front de mer de Montalivet nous offrit immédiatement de bonnes perspectives car le premier pic au nord fonctionnait et nous n’étions pas les seuls surfeurs à avoir compris qu’une heureuse survenance pouvait advenir en cette douce après-midi du dernier jour de février. Yann me proposa de pousser jusqu’à la centrale, ce que nous fîmes et je m’arrêtai dans la courbe du rond point en face du spot et dominé par les drapeaux de l’Europe. Là, un surfeur vint à nous et tapa en souriant à la vitre de la portière.

- Excusez-moi, mais vous n’auriez pas un peu de wax s’il vous plaît ?

- Oui, bien sûr, lui–répondis-je et je ne pus m’empêcher de sortir une inévitable blague à deux sous : mais j’espère que tu as beaucoup d’argent sur toi !

Le surfeur rigola avec moi tandis que je lui donnai un pain de wax entamé mais largement suffisant et il me remercia tout autant qu’il remercia ensuite les parfaites conditions du jour. On fit demi-tour et maintenant nous savions tout deux que nous allions surfer. Nous nous garâmes au « Maroc » de la dune de Vensac qui avalait au fil des ans le bitume de la route côtière. Le Maroc était sans aucun doute la vague que nous avions le plus surfée ensemble en une décennie. Une droite ouvrait sans concession et n’était à l’eau qu’un seul surfeur. Les deux pécheurs nous rendirent service car ils rangèrent leur matériel alors que nous déchargions les planches et nos affaires de la voiture. En cheminant vers la plage, je parlai longuement au plus grand des deux garçons. Je lui donnai une responsabilité qu’il n’avait jamais eue et qu’il honora parfaitement, en cela sûrement que la confiance ne restreint pas mais fait grandir.

Nous faisions maintenant face à la vague et il semblait y avoir un courant qui tirait vers le large et les séries laissaient une brèche pour la mise à l’eau. Je donnai mes dernières recommandations :

- Vous restez visibles tout le temps sur la dune que vous pouvez faire tomber si cela vous plaît mais toujours visibles en face de nous et au moindre pépin, tu fais de grands signes avec les mains. Nous regarderons toujours et nous ne sommes pas loin. L’eau est dans ce sac et les petits princes aussi.

Il fallait se dévêtir peu à peu pour s’engoncer ensuite dans les différents éléments de la combinaison d’hiver. La 4’3 jusqu’aux hanches puis les chaussons et alors seulement enlever le sweet et le tee-shirt et enfiler le top avec cagoule intégrée et finir de se recouvrir entièrement de néoprène. Je me rendis compte alors que la paire de gants que m’avait prêtée Yann m’offrait deux mains droites et cela nous fit rire un peu jaune mais rire quand même, ce qui ne m’empêcha pas d’enfiler avec de grandes difficultés le gant à l’envers et de constater l’étrange inclinaison que cela donnait à la main concernée ainsi qu’un manque assez évident de souplesse.

Enfin je me rapprochai de l’eau et les mousses déjà venaient cogner sur les jambes et Yann n’était pas loin derrière moi. Je fus allongé sur la planche alors encore à moitié sec et rapidement je m’engouffrai dans la passe en espérant très sincèrement que le prochain set me laisserait le temps d’atteindre le pic. Cela fut accompli sans grand mal et les premières rames pour attraper une vague furent impossibles et me piégèrent rapidement, trop lent pour partir sur la première vague de la série, trop loin déjà pour éviter toutes les suivantes. La première d’entre elles qui percuta mon visage et qui m’ensevelit ensuite m’arracha un cri silencieux et aquatique tandis que l’eau froide s’engouffrait dans la cagoule et venait geler mes oreilles.

Mais nous étions à l’eau et le soleil brillait sans faillir. Je n’avais pas surfé depuis novembre, une session de fin de journée un peu sale en Méditerranée qui m’avait vu sortir de l’eau alors que la nuit était déjà tombée. Yann n’avait pas surfé depuis septembre, depuis son dos et sa première opération qui en nécessitait aujourd’hui une deuxième. Les bras comme du coton, le souffle en recherche de lui-même et dans la gêne des épaisses couches de néoprène, je passai un temps interminable à chasser sans succès cette première vague de l’année. Nous vîmes bientôt Eléis faire les grands signes convenus depuis la plage et on voyait son petit frère à côté de lui assis dans le sable de la dune qui naissait dans son dos. Cela nous donna une énergie supplémentaire alors que le vent de Terre et le courant nous poussaient au large.

Je finis tout de même par être bien placé, peut-être un peu trop à l’inside mais il fallait ce qu’il fallait. Je sentis enfin que le dernier coup de rame était le bon et la magie du souffle de la planche qui prend vie sur l’onde en mouvance opéra. J’étais debout et si la section avait déjà un peu trop fermé, il ne fut pas si ardu d’atteindre le rivage en se laissant porter un peu comme cela, à l’ancienne, dans la seule recherche de glisse et de la bonne trajectoire. Je souriais en me rapprochant de Yann qui m’avait devancé  et des enfants qui n’avaient plus aucun problème sauf du sable et de la boue un peu partout sur leurs vêtements.

-          On y retourne ? demandai-je à mon ami qui répondit par l’affirmative.

Il y eut encore deux vagues, dont la première m’offrit un beau take-off, suivi d’un bottom-turn assez franc qui me donna assez de vitesse pour enchainer un cut-back. Lorsque je revins au pic j’étais seul cette fois-ci et presque heureux et je regardai la Ligne avec les yeux plissés par le sel et le soleil. Je restai ainsi quelques instants dans la double contemplation de l’horizon éternel et de tout ce que l’on avait su autrefois et alors je me mis à hurler, à hurler de toutes mes forces pour que le feu disparaisse et je criai ensuite son nom et ce que je devais lui dire sans autre façon. Les mots se perdirent et se dissipèrent si vite qu’ils ne semblaient pas avoir été prononcés et l’Océan me réapprit que l’on ne peut de toute façon rien lui cacher de ce que nous sommes.

De nouveau sur le sable et proche des enfants sur ma gauche qui n’avaient pas encore fini d’envahir la dune et de Yann sur ma droite qui comme moi avait retiré tous les éléments de la combinaison, je pris un instant pour de nouveau me projeter en Elle. La Ligne était dorée et deux surfeurs un peu plus loin se jetaient à l’eau. Le soleil descendait et les contorsions de sa lumière envahissaient l’espace liquide et sableux devant moi. La Ocean Safari reposait à même le sable à quelques mètres sur ma gauche, dorée elle aussi par l’éclat du jour évanescent. Je regardai mon ami quelques instants et je vis cette même lumière briller dans son regard, en la connivence d’un Monde qui ne cesserait jamais de nous bouleverser. Je repensai à nos deux trajectoires, si différentes l’une de l’autre mais qui pourtant avaient vu nos deux vies être renversées et remaniées dans une force au moins égale en à peine plus d’un an. Je repensai à ces innombrables fois où nous avions été une voix, un soutien et une conscience l’un pour l’autre à six cents kilomètres de distance et j’eus quelques larmes plutôt heureuses que le vent d’Est qui avait forci depuis une heure emporta vers le large. Nous étions tous les quatre sur la plage et le Maroc nous avait offert nos premières classes. Et dans le vent de la terre et le ressac Atlantique, résonnaient nos histoires passées et celles à venir, celles qui nous privaient d’une vie pour nous apprendre à vivre, sans qu’il n’y ait plus rien que la respiration du Monde tout autour de nous.






mercredi 27 février 2013

The Wall




Nous arrivâmes dans la nuit médocaine de février qui nous accueillait dans ses plus parfaits atours d’hiver, un froid brumeux et humide. Il était 20h à peine passés, les enfants et moi venions d’avaler nos 4 heures de route dans une entente parfaite, en écoutant Placebo, notre inévitable référence commune lorsque nous étions tous les trois en périple, mais aussi Smashing Pumkings, Smooth ou le dernier album d’Archive.

Mon ami vint évidemment à notre rencontre lorsque je garai la voiture. Il embrassa les enfants, qui l’embrassèrent encore plus fort qu’il ne venait de le faire et puis il chercha mon regard, que je lui donnai bien volontiers, avant que nous nous prenions très longuement dans les bras l’un de l’autre. Cela faisait six mois que nous ne nous étions pas vus, un intermède dans une véritable éternité.  

Les enfants, irradiés de ce bonheur plein et franc qui les prenait immanquablement lorsqu’ils arrivaient ici, firent les fous jusqu’aux premiers pleurs d’épuisement et puis les pâtes et puis dodo. Une fois les enfants endormis, nous prîmes le temps de ne pas nous précipiter sur nos brûlants sujets à tous deux, et, buvant quelques verres de vins, nous préférâmes battre en retraite devant The Good, The Bad & The Ugly et les immortels hymnes d’Ennio Morricone. Une fois couché dans un lit aux mille et un contes passés, mes rêves ne furent qu’une seule et même lancinante chanson qui ne me quitta guère jusqu’aux premières lueurs de l’aube, m’irradiant de tout ce que le cœur devait bien rendre à l’âme, inéluctablement, aux heures où il n’y avait plus quiconque pour monter la garde.

Je me réveillai coupé en deux, pourtant dans la douceur des boucles blondes qui sautaient déjà partout, mais incapable encore de déterminer ce qui de moi demeurerait, et la place  que prendrait ce qui devrait partir. Tous les quatre, on joua bientôt au quatre vingt et un et chacun gagnait tour à tour. Le temps semblait doux et bon, mais la dissonance interne devint si forte que je finis par appeler ce magnétiseur que j’avais rencontré une fois déjà, exactement six mois auparavant, lors de mon dernier périple médocain. C’était un vieil homme incroyable, revenu d’entre les morts après un accident cérébral majeur, depuis handicapé mais qui passait sa vie à guérir les maux des autres. Lorsqu’il me vit, il me fit simplement asseoir dans le même fauteuil et il commença à faire tourner son pendule au dessus de ses planches médicales, tout en se frottant le bras. Il fit très vite la grimace.

- Vous vous êtes brûlé à l’intérieur en six mois, me dit-il sans détour, et maintenant il va falloir arrêter de fumer.
- Oui, lui-répondis-je, je sais, c’est exactement ce que j’ai accompli.

Alors il me donna des conseils et une marche à suivre. Il parlait de moi comme d’un livre ouvert et, au lieu de me faire pleurer, il me soulageait déjà. Il me garda presque une heure avec lui, toujours à m’ausculter par le biais de ses planches et de son pendule et il finit par me dire :  

- Tout le reste du corps est bon. Vous êtes solide et ça va aller.

Je repris la voiture et je n’allumai pas de cigarette cette fois-ci. Imani chantait dans la voiture, les voix des enfants qui l’accompagnaient offraient plus d’émotion encore que ne le faisait déjà son propre timbre et, le rebond des voix mêlés, les enfantines et celle de la grande dame, finissait toujours par aller se nicher au plus droit profond de votre propre moelle. Alors je me mis à chanter avec eux : « Take care of the One you love, take care of the One you need… Take care of of the One who needs you most, take care of the One you love… Et là, au bout de quelques minutes et d’un inévitable replay, il fut assez simple de lâcher prise.


Revenu à la maison et après un bon goûter, le soleil étant enfin de la partie, nous habillâmes chaudement les enfants après avoir établi la liste des courses indispensables à notre séjour, courses que nous entreprendrions à notre retour. Je pris la route de l’habitude mais mon ami m’indiqua un autre chemin. Nous quittâmes donc Soulac par le Nord et prîmes la route du Verdon. Au bout d’un nombre de kilomètres que nous garderons secret, il me fit tourner sur la gauche, un virage serré qui donnait immédiatement sur un chemin de terre défoncé.  Nous évitâmes bien des ornières mais pas toutes, et nous écrasâmes les deux voies ferrées jaunies par la rouille, avant de nous garer sur un parking de sable. Ces dunes m’étaient inconnues. En presque douze ans de Médoc, je n’étais jamais venu ici.

Je pris le ballon de foot dans le coffre de la voiture et les enfants déjà s’ébrouaient vers la côte. La lumière du ciel était de celle qu’on ne fréquente qu’en hiver, poreuse, dénuée de tout artifice. Une grande baie s’offrit bientôt à nos yeux et le phare de Cordouan perçait légèrement dans les brumes du large, le seul monument des hommes dans l’immensité.  Nous jouâmes tous les quatre au foot, sans ne s’intéresser immédiatement à l’objet de notre visite. Ce moment ne tarda pas.

- Je voulais te montrer cette vague, me dit mon ami. Elle est encore moins connue que celle du Petit Chemin. Tu vois ces rochers, et la digue brisée, là-bas, sur ta gauche ? Je l’ai appelée The Wall…

Deux pics fonctionnaient. Deux gauches, proches du rivage, à portée de main. Il était aisé d’en voir la mouvance, d’en deviner la force et d’en comprendre la courbe. Les pics étaient réguliers, formaient presque toujours au même endroit et la vague, une fois qu’elle s’était suffisamment rapprochée du bord, se jetait rapidement mais ne fermait pas. Elle ouvrait et suivait fidèlement le banc de sable. Une vague rapide et creuse, vierge de tout surfeur. Je regardais ainsi vivre le monde pendant plusieurs minutes et, parmi les rochers qui bordaient les écumes, je me rendis compte que j’avais envie d’aller à l’eau. Enfin, cela venait. Je souris à mon ami et lui dis simplement :

-          On revient là demain.

Il me rendit le même sourire et notre cause était entendue. Je pris 85 photos en deux heures. Les enfants, les vagues et les reflets que faisaient avec eux l’eau et la lumière du soleil. Puis je m’éloignai un instant du reste de la troupe et je me rapprochai de cette digue enfouie dans le sable et ravagée par les vagues qui venaient inlassablement se briser et exploser contre elle. Pour la première fois, mes yeux s’arrêtèrent longuement sur l’horizon. Je ne l’avais pas fui jusqu’alors, j’avais simplement laissé venir ce moment. Elle était là, ma Ligne et elle me renvoyait exactement ce qu’elle m’avait toujours renvoyé. Je lui appartenais, puisqu’il était si simple aujourd’hui de reconnaître que je m’étais toujours recherché en Elle, dans son immuable sérénité, au-delà des tempêtes qu’elle peut elle-même engendrer et faire croître, au-delà de ces hommes qui s’y soumettent, non par choix, mais parce que leur propre humanité les y conduit et les y pousse, parfois avec une ferveur inégalable. Si la tempête a son caractère propre, si, intrinsèquement, elle est violente et égoïste, elle n’est pas mauvaise pour autant. Elle n’en fait simplement qu’à sa tête et, lorsqu’elle se retire, il n’est bien que la Ligne qui demeure encore, telle qu’on l’avait laissée et, peut-être, telle qu’on l’avait perdue de vue.


Nous sommes rentrés et nous avons fait les courses. Un bon repas, un dessin animé. Cela fait plusieurs heures que tout le monde dort. Et voilà maintenant ce que je sais : demain, nous nous lèverons avec cette idée en tête. Il ne fera que froid au début de la journée mais le soleil peu à peu deviendra notre allié. Demain, les vents souffleront d’Est toute la journée et les coefficients seront de 99 le matin et de 96 le soir.  La houle, orientée Sud-ouest, oscillera entre 1m80 le matin et 1m20 en fin de journée et nous offrira des périodes de 13 à 16 secondes. Demain, la marée sera basse à 12h00 et haute à 18h11. Demain, nous profiterons donc de ce court temps d’après-midi légèrement réchauffé et de ces conditions stables pour reprendre cette même route du nord qui nous avait menés ce jour à cette baie où j’ai découvert The Wall. Sur la plage, nous ne rencontrerons personne et nous aurons enfilé nos combinaisons d’hiver près de la voiture, avant de fouler le sable froid. Nous porterons des gants, des chaussons et une cagoule et, accoutrés ainsi, nous ferons rire les enfants. Demain, je retrouverai la Ligne et, en Elle, les lignes surgiront. Demain, il existera encore quelque part sur la côte médocaine un peu de cet homme de bien, qui croyait sans doute que les grands rêves font les grands hommes, alors que ce sont les grands hommes qui bâtissent les grands rêves. Demain, nous surferons The Wall et, faisant face au soleil, à la Ligne et à ce que nous sommes, tout sera à sa place à cet instant.

mardi 12 février 2013

Jeux de Vienne





Nos vies enflées de rêves poussiéreux
Voici le jazz, entre enjeux

Pluie d’obus pour des enfants en armure
Une guitare devient le meilleur des flingues

Enfers verts toujours mieux que le gris
Du coton et des blues dans les soirs américains…

Chante Flamenco le récital des cœurs brûlés
L’avidité d’un soleil transperce la peau

Des arpèges cinglants résonnent dans la nuit
Débrident tous les infimes royaumes
Sous la voûte, les étoiles insoumises
Nous affranchissent d'imbuvables idiomes

Et ce timbre rugueux se mêle aux folklores
Dans la course, la révolte dorée…

La bombe enfin lâchée les engagés dansent
La musique endigue les balles
Ces mots qu’on tue d’une circonstance

Près d’une rivière parmi les hommes
Coule dans nos veines la romance ibérique
Nous étanchant sans faillir
D’une poésie électrique…





lundi 4 février 2013

Pour moi


Pour moi...
  



Ce n’est pas la qualité de cette photo qui compte. Elle fut prise avec un smartphone en roulant sur l’autoroute. Ce qui compte, c’est l’instant dont elle témoigne.

Ce matin là je me levai avant le jour. Je fus sur la route aux toutes premières lueurs de l’aube. Ce matin là était l’un de ceux qui porte en lui un caractère irrémédiable, en cela que la nuit emporterait avec elle les derniers vestiges d’un grand rêve. Ce matin là, se lever c’était avant tout ne pas rompre mais juste se lever.

Une cigarette à la bouche, mon sang gorgé de caféine, accompagné de Marylin Manson qui gueulait « nothing’s gonna change the world », je pris ainsi la route du Sud-est, déjà tant de fois parcourue qu’elle avait fini par devenir mienne.

Très loin, là où la Ligne réside, l’obscurité fut bientôt fragilisée, amoindrie. D’une pointe lumineuse d’abord discrète jailli en quelques minutes un feu, un volcan incandescent dont la lave embrasa progressivement tous les nuages du ciel, comme si vaincre les ténèbres ne pouvait être réalisé sans panache, sans éclat et sans une absolue conviction.  

Quand la lave du ciel fini par m’atteindre, je me laissai doucement aller à pleurer. Je pensais à toutes ces questions dont on ne veut parfois pas connaître les vraies réponses ou dont on croie trop hâtivement les avoir déjà obtenues.

Je voulus immortaliser ce moment. Ainsi, au prix d’une involontaire décélération massive et d’un écart déraisonnable, je fis une série de photos tout en continuant à rouler et je n’obtenus que ce seul cliché approximativement valable. C’est après avoir retravaillé les nuances et l’intensité des couleurs que l’appareil n’avait pas su capturer, que j’eus envie d’écrire quelques mots.

Ceux d’une histoire qui ne finira jamais, incessant apprentissage. Les grands rêves peuvent mourir, ceux qui les portent aussi. Mais il existait une autre fable dans la lave du ciel de ce matin là, car si la colère est un mauvais songe dont il faut se départir, il suffit parfois de se lever et d’ouvrir les yeux. Ce que me donna cette aube presque irréelle, c’était cela : la matérialité de demain et la possible survenance du Beau. Rien n’aurait mieux su me dire que le temps est avant tout ce que l’on décide de faire de lui.

dimanche 25 novembre 2012

Chemin de Catalogne


Plage nord, entre périphérique et World Trade Center, Barcelone, Espagne.  Dimanche 26 août, 14h00.



  
Je suis assis dans un sable catalan. J’ai beaucoup marché depuis hier et beaucoup pris le métro. Barcelone est une ville de marche et de métro.

Jeudi soir, juste avant la tombée de la nuit, j’allai voir le front de mer, comme je le fais assez souvent après le travail, soit en vélo, soit en voiture. Ce fut en vélo cette fois-ci, à vive allure, dans le besoin de se faire un peu chauffer les cuisses. J’eus l’immense surprise, en cette fin août, de découvrir une mer agitée, houleuse, où une bonne quinzaine de surfeurs s’adonnaient à une glisse un peu décousue dans des vagues d’environ un mètre.

Je pris le temps de digérer le fait que j’avais fait une heure trente auparavant le choix de rester un peu chez moi avant de sortir, et que j’aurai pu moi aussi profiter de cette session. J’engageai la conversation avec un surfeur du coin, que je reverrai dès le lendemain, et je pu apprendre un peu des houles méditerranéennes dont j’ignorais encore presque tout. Celle-ci devait durer au moins une journée de plus, peut-être même jouer les prolongations de samedi.

Le lendemain matin, vendredi, je me levai en conséquence, à 6h00, le jour n’était encore qu’un songe. Je bus deux tasses de café, avalai mes sempiternelles brioches et je chargeai la voiture avec la fidèle Hap, celle pour qui va ma préférence parmi les quatre planches de mon Quiver (Webber 6’6 ; Becker 6’10 ; Hap Jacob 7’2 et Ocean Safari 8’0). Je mis le sac de combis dans le coffre et je pris la route du Grau. Je suivis comme d’habitude l’Hérault jusqu’à son embouchure. Ses bateaux, sa Marina, ses eaux calmes, sa piste cyclable déjà tant de fois parcourue, tel un chemin d’espérances, où se mêlent, vivent et se  perdent tout ce qui n’est plus, tout ce qu’on a appris et désappris et, sans omission possible, tout ce qu’il faudra encore accomplir.

Peu avant de parvenir sur le parking qui fait face au front de mer, j’exécutai plusieurs signes de croix, comme une chance de plus dont il ne faut pas se priver. Je vis alors la houle, cinq ou six surfeurs déjà à l’eau et je souris, tandis qu’à voix basse s’échappait de moi un très simple « merci ».  Je savais que le temps m’était compté, il était déjà presque 7h et je devais être au travail entre 8h30 et 9h00. Tout en enfilant mon shorti et en waxant la Hap, une vieille histoire s’insinua en moi, une sensation vieille de plus de deux décennies pourtant encore si précise à cet instant, parfaitement lumineuse. Je me revis effectivement collégien, à la fin des années 80, me lever avant les cours et quitter les Amaryllis pour aller me mettre à l’eau à la Cocoteraie, pour surfer avec mon frère et les copains nos merveilleuses vagues molles guyanaises. Surfer avant d’aller au taf, ou la respiration d’un monde disparu, qui se remit à vivre durant quelques secondes.

Une fois à l’eau, il me sembla que tout était parfait. Les vagues étaient moins folles que la veille, bien ordonnées. Il n’y avait pas tout à fait un mètre mais il m’importait peu. Le soleil explosa subitement à l’Est et cette aube valut d’un seul coup bien plus qu’une seule et simple session. Je restai une heure et quart à l’eau, attrapant peut-être une quinzaine de vagues, avant de quitter en toute hâte cette intermède analeptique pour aller vivre ensuite l’une des plus éprouvantes journées professionnelles qu’il m’ait été donné de traverser.

Je quittai cette mauvaise arène vers 19h00, vidé, mal dans ma peau, parce qu’il est de toute évidence des frontières que l’on ne veut pas voir franchies dans le cadre de son travail. Alors je pris la route comme ça et j’allai vite, trop vite, le plus vite possible, jusqu’à chez moi. Je me changeai et refis les mêmes gestes que le matin même. Le sac de combis et la Hap chargés, je suivis la route du Grau. La vague à l’embouchure fonctionnait toujours lorsque j’arrivai sur place. Il y avait du monde à l’eau et pas le temps de tergiverser. J’enfilai mon shorti et allai immédiatement à l’eau. L’anarchie avait repris du poil de la bête et le plan d’eau n’était plus celui du matin, devenu gentiment chaotique. La houle avait forci, dépassait le mètre et je passai ma rage pendant plus d’une heure et demi, jusqu’à la nuit, ayant vu depuis le pic le soleil fondre dans l’Hérault, dans une courbure rougeoyante et torturée absolument magnifique. Comme une vie qu’on lave de tous ses maux.

Je tentai de renouveler l’expérience le samedi matin. J’arrivai sur le front à 8h00, la houle s’était enfuie. Je retrouvai le surfeur de l’avant-veille au soir, qui sortait tout juste  de l’eau et qui avait, s’étant levé aux aurores, pu profiter des derniers soubresauts. Je discutai assez longuement avec lui, j’étais déçu mais je me sentais bien. Il me raconta de nouveau sa mer et son surf, si aléatoire, si capricieux, si capable parfois de vous offrir un peu de la magie du Monde. Nous évoquâmes ensuite l’Espagne et le surf ibérique, à haut potentiel en certains endroits de ses côtes.

Revenu chez moi, sans avoir rien à attendre de plus du jour qui se présentait, je rassemblai tranquillement sur internet quelques infos pratiques en buvant des cafés et en fumant autant que possible, puis je préparai un petit sac d’affaires, brosse à dents y compris.  Une fois prêt, il était un peu moins de midi, je pris la route, encore une fois. Direction Barcelone.

Je roulai sans m’arrêter, toujours à vive allure, jusqu’aux proches abords de la Cité. Je m’arrêtai à une station pour téléphoner à mon frère, et lui dire où j’étais. Et puis je m’enfonçai dans la ville, sans savoir où j’allais. Après quelques errances, et par la magie du hasard, je tombai subitement nez à nez avec la Sagrada Familia. Je roulais doucement et ma réaction première fut un très spontané : « Putain de merde ! » quand je découvris le très improbable monument inachevé de Gaudi. Je garai la voiture de manière illicite un peu plus loin – impossible de stationner dans cette ville ! – puis je regardai longtemps l’œuvre monumentale. J’étais à l’unisson avec beaucoup de monde alors, la tête levée vers le ciel, tentant de trouver les meilleurs angles possibles pour mes prises de vue. J’y passai un long moment, la foultitude m’avait absorbé, et la déraison du lieu sonnait comme l’exacte musique interne.

Après une demi-heure pleine et un nombre incalculable de clichés, j’abandonnai la Sagrada pour retrouver la voiture et me mettre en recherche d’un garage. Je tournai dans les rues barcelonaises pour rien pendant très longtemps avant de revenir sur mes pas et dénicher un garage privé à deux pas de mon premier arrêt. 30€ pour une journée, et le poids en moins d’une voiture, qui serait en plus bien gardée. J’achetai ensuite un Pass Métro 2 jours, un plan de ce dernier et je pris la ligne menant au cœur du quartier Gracia. La modernité du métro barcelonais me surpris agréablement. Très propre, cabine climatisée, investi par un peuple guilleret, dont la légèreté naturelle semblait dominer tout autre état d’être. Avant de monter dans la rame, je me fis accosté par une anglaise : « Could you, please ? » me demanda-t-elle en me tendant son numérique, ses trois jolies copines juste un peu en retrait, unanimement en train de sourire. Je fis de mon mieux, avant de doubler, comme à mon habitude. J’eus droit à un savoureux « Thank’s mate » immédiatement suivi d’une petite moue espiègle. Un moment de rien, trois secondes, alanguissant pourtant sans équivoque le chemin entrepris.

Il me fallut ensuite réaliser une marche d’une vingtaine de minutes pour rejoindre le Parc Guell. J’y passai presque trois heures, et si la vision première de la Sagrada m’avait époustouflé, les allées de ce parc, innombrables, m’absorbèrent complètement au fil des minutes et des méandres parcourus. J’y pris tellement de photos qu’au bout d’un temps, je compris que je ne pourrai de toute façon pas capturer la réalité de cette œuvre dans sa globalité. J’y restai jusqu’à la tombée de la nuit, envahi par le miracle de notre espèce,  ses grands hommes et leur ineffable talent à magnifier la condition humaine.

De retour en centre ville, je me mis en quête d’un lieu pour dormir. Je débarquai sur El Passeig de Gracia et trouvai un hôtel où il restait une petite chambre disponible. J’allai chercher mes affaires à la voiture, mangeai un bout sur la place de la Sagrada, et rejoignis ensuite les pénates du soir. Tandis que la nuit était pleine et que la ville se préparait à fêter son samedi soir, je fumai une cigarette à la fenêtre de ma chambre, située au septième étage. Je ne dominais pas la ville, mais seulement l’un de ses fragments. Juste en face de moi, de l’autre côté de la rue, se dressait un hôtel de grand luxe, où, sur la terrasse privée du dernier étage, se donnait un concert en plein air. Une femme, qui me sembla très belle, et un pianiste. Sa voix cristalline, ses gestes de la main pour accompagner les arpèges de la douce mélodie jazz, jouée sans emphase mais avec précision et douceur, me firent une nouvelle fois chavirer. Cette ville m’avait prise en l’espace de quelques heures et ses atours me renvoyèrent soudain, sans aucun préalable de survenance, à ma condition. Je me mis à pleurer en écoutant l’élégante dame et son pianiste et, pour ne pas fondre complètement, je retournai dans la rue…


Et me voilà sur cette plage. Tout à l’heure, je me promenais sur les allées du Port Well, lorsque j’ai croisé une surfeuse, une planche jaune et blanche sous le bras, qui marchait d’un pas extrêmement décidé. Je l’ai observée quelques secondes et j’ai décidé de faire demi-tour. Je l’ai suivie. Ou ai-je tenté de la suivre, devrai-je plutôt dire. Car, à ma grande surprise, j’ai finalement réussi à la perdre, tant son allure était vive et tant le monde en mouvance, si dense, ne facilitait guère cette douce poursuite. Mais ce n’était qu’un moindre mal, parce que son spot, le but de cette marche effrénée, s’était déjà révélé à moi.

Je suis donc au bord de l’eau. Il doit bien y avoir cinq ou six pics qui fonctionnent correctement. Des vagues courtes, creuses, sans doute un peu molles, d’un bleu scintillant et profond. Un très beau jouet méditerranéen, dans lequel s’amuse une bonne cinquantaine de surfeuses et surfeurs. Et, tout autour de moi, des corps dénudés, parfois intégralement, beaucoup de beauté, qu’elle soit masculine ou féminine, des sourires, des amoureux enlacés langoureusement et, un constat qui émerge telle une évidence : il doit faire bon vivre ici. Il ne s’agit pas d’établir un quelconque cliché de plus, celui du touriste de passage, mais il règne ici une ambiance générale séduisante, enjouée, dotée d’un brin d’exubérance et de bonne humeur auquel il est difficile d’échapper. Je me suis promené pendant des heures hier soir, du Camp Nou  aux longues allées du Passeig de Gracia où les gens déambulent avec nonchalance ou sont tranquillement posés sur des bancs, à discourir pendant des heures. Une certaine approche du temps, qui semble un peu s’effacer devant ce regain de maîtrise.

Et maintenant que tout cela est dit, quel est le vrai sujet ? Le vrai sujet est celui d’un regard, celui d’un choix. Un regard parfois suffit à tout changer, le monde que l'on croyait nôtre, celui que l'on avait bâtit. Ce regard porté en nous agit comme une rivière, une rivière de nous-mêmes, de nos sentiments, de notre fondation, là où le cœur ne bat pas, mais seulement là où il réside. Quant au choix, l’essence même de celui-ci se révèle parfois dans un acte minuscule, comme prendre seul le chemin de la Catalogne, le temps d’un week-end accéléré, dans le très simple chemin entrepris. Inévitablement, sans autre occurrence possible, la question fondamentale s’érige d’elle-même : y’a-t-il un intérêt à voir et découvrir le beau, si l’on ne peut partager la vision ?

Je suis maintenant à la terrasse d’un restaurant qui cadre parfaitement avec le lieu, le jour, l’instant. Au bord de l’eau, manufacturé bois, la musique d’ambiance diffusée est celle que j’aurai pu mixer voilà quelques années, à dominante downtempo et menues connotations ethno. J’ai bu une bière, avalé un steak et une salade. Le temps s’arrête et je devine vos visages, juste là, en retrait, dans l’infime espace d’une peau qui me prive de vous.  Et si je pleure, c’est que je dois être encore vivant, exactement là où je me suis placé, sur cette plage barcelonaise, éparpillé aux quatre coins du Monde…





lundi 12 novembre 2012

Ne pas cesser

Bureaux de Marseillan. Lundi 1er octobre, 10h30, une pensée voguant entre hier et aujourd'hui…


Je viens de te déposer. Tu es encore avec moi, partout dans la voiture ; elle est même envahie par toi. Voici quelques minutes, sans connaître un nom dont tu n’as de toute évidence pas besoin, tu m’as dit que tu aimais Dead Can Dance :

« Elle est belle ta musique, Papa », alors que passait Agape, l’une des chansons les plus réussies de leur nouvel album, Anastasis.

Dès l’instant où je t’ai quitté, j’ai roulé à vive allure, et j’ai immédiatement allumé une cigarette. Je traverse maintenant le village et le soir tombant donne aux briques rouges de l’Eglise des atours un peu magiques. L’écho du monde, ce que je peux en percevoir, n’est qu’un chuchotement serein que l’on envisage seulement par inadvertance, dans cette course qui ne faiblit pas.

Je me dirige vers la nationale qui m’emmènera vers Toulouse, avant de prendre l’A61, route du Sud-est. Au rond point, je m’arrête brusquement. Je sors de la voiture et je regarde simplement l’offrande du soir. Je n’ai pas l’appareil photos, le mauvais oubli du week-end. Alors je shoote avec le Smartphone, trois ou quatre clichés à la volée, et c’est exactement comme si je partageais ce paysage de Gers avec toi, déjà si loin de moi, et pourtant si présent...

Je vois les deux panneaux indiquant le sens interdit. Un camion s’engage dans le rond point et le chauffeur, tandis qu’il passe la seconde, me regarde d’un air assez redoutable, comme s’il me suspectait d’une légère infraction. Ai-je pris un sens interdit ?

Je reprends la route, seul au monde, dans la sensation pourtant exacte d’être innervé par l’amour d’autrui, comme si les veines étaient l’amour lui-même. Les kilomètres s’effacent et Brenda Perry pose les bases du conciliabule musical tandis que je repense à ces fameux sens interdits, ces routes hasardeuses où tout se joue en vérité. La nuance n’est pas moins dans le cœur des hommes que dans la lumière d’un jour descendant, ou dans l’absolue vitalité d’un sentiment. 

Mon fils... De ce parcours qui nous fait tous les deux, depuis l'instant où je t'ai vu naître, j'ai tant appris. J'apprendrai tant encore de toi, et sans aucun doute jusqu'au dernier souffle. Je te vois, même quand tu n'es pas avec moi et je sais ce que je n'avais jamais su auparavant.. La leçon, ce n'est que l'amour et c'est la plus belle leçon qui soit. Il faut prendre et donner,  ce que nous sommes, ce que nous avons été, ce que nous serons. Et ne pas cesser…